Le film noir met souvent en scène des rues glissantes sous la pluie, un éclairage cru, des stores vénitiens et un détective qui ne fait confiance à personne. Ajouter des araignées et des séquences de rêves à ce cocktail s’est avéré une partie de plaisir.
Dans Spider-Noir, Nick Cage interprète Ben Reilly, un détective privé vieillissant et malchanceux campé dans le New York des années 1930. Il se voit contraint de renouer avec son ancienne vie en tant que seul et unique superhéros de la ville. Les 130 plans d’effets visuels de Cinesite pour la série de huit épisodes comprennent des créatures, des environnements, des scènes d’action, ainsi que la conception d’approches visuelles pour une séquence onirique pleine de suspense, presque entièrement produite en images de synthèse. La réalisation de cinq épisodes a été dirigée par la superviseure des effets visuels Suzie Askham, qui a collaboré étroitement avec Hnedel Maximore et Brooke Noska, respectivement superviseur et productrice des effets visuels au studio.
Conception et mouvements des araignées
Comme les spectateurs peuvent s’y attendre, les araignées sont un élément important de Spider-Noir. Dans les plans se déroulant dans le bureau de Reilly, alors qu’il réfléchit à son étrange affinité avec les araignées, on en voit une ramper sur son bureau, et, à un moment donné, être attrapée et examinée sur le dos de sa main. Cinesite devait ajouter des araignées à différents moments de la série.
Le client préférait l’aspect des recluses brunes, de petites araignées dont les pattes ne dépassent pas 1 pouce de long. La créature a été réalisée en images de synthèse à partir de références fournies par la production et de recherches menées par l’équipe de modélisation. Certaines caractéristiques ont été exagérées pour l’écran; l’araignée recluse en images de synthèse était un peu plus velue et avait les pattes un peu plus longues qu’en réalité. Les mouvements et le comportement de la véritable araignée ont été fidèlement reproduits au moyen d’une animation par images clés, imitant ses mouvements lents caractéristiques lorsqu’elle est au repos, et qui s’accélèrent brusquement lorsqu’elle chasse.
Hallucination et transformation de l’araignée
Dans une séquence principale, après que Reilly a été drogué et attaché à un brancard dans un laboratoire, il commence à avoir des hallucinations.
Le masque à oxygène qui lui recouvre le visage se change en une gigantesque tarentule et, alors qu’un chirurgien pratique une incision, au lieu du sang, une multitude de minuscules araignées jaillissent de la plaie, se répandent sur son torse, puis sur le brancard, pour se laisser glisser ensuite sur des toiles d’araignées jusqu’au plancher. Reilly hurle de terreur et arrache l’araignée qui lui recouvre le visage.
Cette séquence a constitué le travail le plus exigeant de Cinesite. Lors de la conception de la première araignée sur le masque à oxygène, nous avons envisagé la recluse ainsi que la veuve noire, mais c’est finalement la tarentule mexicaine à genoux rouges qui a été choisie, surtout en raison de sa grande taille et de son corps poilu.
Au début, nous avions aussi étudié la possibilité d’utiliser des tarentules pour représenter les araignées qui jaillissaient de la plaie, mais les recluses brunes se sont avérées être les meilleures, car elles donnaient une impression presque liquide lorsqu’elles rampaient à toute vitesse sur le torse de Reilly.
Les mouvements des araignées étaient complexes à exécuter, étant donné leur nombre et l’interaction des araignées avec les autres ainsi qu’avec le corps, la peau et la jaquette d’hôpital de Reilly. Le processus consistait à former un ensemble cohérent avec les mouvements de l’acteur qui se débattait dans son lit, à créer un modèle d’animation de plans pour reproduire les menus détails, et à recourir à l’animation des effets pour la profusion d’araignées, dont les mouvements personnalisés ont été méticuleusement animés, image par image.
Suzie Askham, superviseure des effets visuels, explique : « Ces mouvements adaptés et nuancés étaient vraiment importants. Par exemple, aux araignées qui sortent de la plaie sur l’abdomen de Reilly, on a ajouté des mouvements de recherche réalistes : les araignées tendent leurs pattes, se penchent sur les bords et parviennent à tâtons à atteindre son corps. »
La caméra effectue un panoramique vers le bas depuis le lit, où les araignées dévalent en cascade, tissant leurs toiles du brancard au plancher, puis s’y laissent descendre. Ce visuel s’inspirait des fourmis qui construisent des ponts et utilisent leurs corps pour combler les espaces vides, dans l’intérêt du groupe. Les reflets dans les toiles étaient exagérés pour les rendre visibles sur l’environnement sombre, et leur aspect visqueux rappelait presque celui du sang.
Séquence de rêve
Après l’hallucination au laboratoire, nous passons par l’œil d’un masque d’araignée, une vue hexagonale réfractée, semblable à un kaléidoscope, qui débouche sur une séquence de rêves où Reilly revisite des personnes, des lieux et des souvenirs à travers le regard miniature d’une araignée. L’acteur Nick Cage a été filmé presque entièrement devant un écran bleu ou courant sur un tapis roulant, Cinesite devant concevoir et mettre en scène toute l’action environnante.
La séquence onirique suivante n’avait pas fait l’objet de la création d’un scénarimage, alors la superviseure des effets visuels Suzie a travaillé avec Gee Tatchell, superviseure des images de synthèse, et des artistes maquettistes pour visualiser la séquence de 12 plans, pour définir l’aspect visuel avec le client. Individu confronté à l’immensité du monde, le Reilly de petite taille tombe dans ses souvenirs de personnes différentes, et les environnements qui l’entourent changent pour refléter ces souvenirs. Des environnements en images de synthèse surdimensionnés ont été créés, à commencer par Reilly qui marche sur un bureau, passant devant de l’argent et un pistolet, puis sur un comptoir de bar, devant un verre de whisky, un cendrier et toute sorte d’autres articles, avant que le sol ne se transforme en route et que Reilly, à la course et terrifié, se retrouve face à la vision effrayante d’une personne en feu dans un champ de pétrole. Cette séquence de plans a nécessité la création d’une doublure numérique sans recourir à des numérisations 3D, mais uniquement à la photographie, ainsi que l’ajout de flammes générées par images de synthèse afin de s’harmoniser avec une séquence précédente de la série. Toutes ces scènes d’action oniriques ont été réalisées selon une approche cinématographique et dans le style du film noir, avec des reflets, des réfractions et des cadrages obliques.
Référence au film Hall of Mirrors
Un épisode ultérieur de la série met en scène le méchant Silvermane. On le voit marcher dans une galerie de miroirs et se retrouver face à face avec un autre personnage, tandis que les balles frappent les miroirs qui se brisent comme du verre de sécurité, s’affaiblissant progressivement à mesure que la tension monte, avant de finir par voler en éclats.
Cette séquence a été grandement inspirée par le film The Lady from Shanghai (1947), l’équipe s’étant fixé comme objectif de réaliser une version moderne de la célèbre scène de Hall of Mirrors. Les acteurs ont été filmés devant des miroirs, et l’équipe a combiné plusieurs plaques photographiques et performances pour créer l’illusion d’un seul environnement, les effets visuels venant ajouter les fissures de balles et les éclats de verre. Afin de respecter le budget, une solution en 2D a été mise au point pour simuler les fissures dans les miroirs : des éléments de verre brisé réels ont été combinés à des fissures peintes à la main. Ce flux de travail en 2D a permis de définir la direction artistique pour l’emplacement de chaque fissure et d’adopter une approche très souple.
Effets visuels secrets
De nombreux autres travaux ont été nécessaires, dont une grande partie consistait à créer des environnements presque entièrement en images de synthèse, ou à retravailler et à adapter des plans tournés à Los Angeles pour leur donner l’apparence du New York des années 1930. Le mécanisme interne d’une serrure a été créé pour une scène de crochetage, et la vue microscopique du sang anormal de Reilly, observé au microscope, était entièrement le résultat de plans en images de synthèse.
Tous les effets visuels ont été proposés sous deux formats, afin de respecter le principe selon lequel le public choisit la manière dont il souhaite regarder le film : en noir et blanc (authentique) et en couleur (teinte vraie).
Spider-Noir sortira sur MGM+ aux États-Unis en mai 2026 et sur Prime Video ailleurs dans le monde en mai 2027.


