
Une conversation avec Stephen Winters, directeur des TI chez Cinesite, sur SIGGRAPH 2026
Chaque année, SIGGRAPH réunit les leaders de l’infographie, des effets visuels, de l’animation et des technologies de production afin d’explorer l’avenir de l’industrie.
Cette année, Stephen Winters, directeur des TI – Amérique du Nord chez Cinesite, a participé à SIGGRAPH 2026 à Los Angeles. Il y a animé une session Birds of a Feather (BoF) consacrée à l’infrastructure de postes de travail virtuels (VDI) et est également intervenu lors de l’AlmaLinux Day sur la gouvernance de l’IA et les technologies open source.
À son retour, nous avons échangé avec Stephen pour revenir sur les grandes tendances technologiques du salon, les principaux enseignements qu’il en retient et les idées qu’il compte mettre en œuvre chez Cinesite.
Dans les coulisses de SIGGRAPH : tendances technologiques, VDI et l’avenir des infrastructures de production
Q : Bonjour Stephen, et bon retour ! Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous nous parler de votre rôle chez Cinesite et de ce qui vous a amené à SIGGRAPH cette année ?
Stephen : Merci ! Je suis directeur des TI pour les studios nord-américains de Cinesite.
Pour les équipes TI, SIGGRAPH offre une double perspective. D’un côté, nous découvrons comment les équipes créatives utilisent les nouveaux outils et flux de production sur des projets en cours. De l’autre, nous évaluons les infrastructures de base : matériel, stockage, workflows mondiaux et, plus largement, la direction que prend notre industrie.
Cette année a été particulièrement chargée. J’ai animé une session Birds of a Feather sur le Virtual Desktop Infrastructure (VDI), où plusieurs responsables de studios ont partagé leur expérience de l’utilisation du VDI en production. J’ai également pris la parole lors de l’AlmaLinux Day, organisé juste avant SIGGRAPH. AlmaLinux occupe aujourd’hui une place importante dans les secteurs des médias et du divertissement. Mon intervention portait sur un enjeu auquel tous les studios sont confrontés : mettre en place des garde-fous concrets autour de l’intelligence artificielle, des agents autonomes et des technologies open source.
Q : SIGGRAPH est un rendez-vous incontournable de l’industrie. Pourquoi est-il si important pour un studio comme Cinesite d’y être présent et d’y participer activement ?
Stephen : Avant tout, cela permet de prendre le véritable pouls de l’industrie. On découvre comment d’autres studios résolvent exactement les mêmes défis que ceux auxquels nous faisons face au quotidien.
Les sessions Birds of a Feather sont d’ailleurs ce que je préfère. Les participants y parlent franchement de ce qui a fonctionné… mais aussi de ce qui n’a pas marché. Cela nous permet d’apprendre de leurs expériences, d’identifier les points de friction et d’améliorer nos propres pipelines et infrastructures sans répéter les mêmes erreurs.
C’est aussi l’endroit idéal pour repérer les évolutions technologiques avant qu’elles ne deviennent la norme. Cette année, par exemple, tout le monde parlait de la transition vers Wayland : son calendrier d’adoption et son impact sur les distributions Linux et les logiciels de création (DCC). Les agents IA autonomes étaient également au cœur des discussions. Du point de vue des infrastructures, la question n’était plus seulement de savoir ce que l’IA peut faire, mais surtout comment l’encadrer avec des mécanismes de sécurité et de gouvernance afin qu’elle puisse être utilisée de manière responsable.
Q : Avec un peu de recul, quels sont selon vous les trois grands enseignements ou tendances qui se sont dégagés de cette édition ?
Stephen : Le premier est que la transition vers AlmaLinux est bel et bien en marche. Sa forte présence, autant lors d’AlmaLinux Day qu’à SIGGRAPH, confirme que nous avons pris la bonne décision en adoptant cette solution tôt. Alors que les studios abandonnent progressivement des distributions comme CentOS ou Rocky Linux, AlmaLinux s’impose comme une référence, portée par une communauté particulièrement active.
Deuxième constat : les discussions autour de l’IA ont gagné en maturité. Il ne s’agit plus simplement de présenter des démonstrations impressionnantes. Les échanges portent désormais sur son intégration concrète dans les pipelines de production, sur sa mise en œuvre et sur les garde-fous nécessaires pour l’utiliser efficacement et en toute sécurité. C’est un sujet qui continuera de prendre de l’ampleur dans les prochaines années.
Enfin, le matériel informatique et les solutions d’accès à distance évoluent très rapidement. Plusieurs annonces ont retenu mon attention :
- De nouvelles options de GPU : j’ai rencontré l’équipe de Bolt Graphics, une jeune entreprise qui développe des GPU dédiés au ray tracing à des prix plus accessibles, en alternative à NVIDIA et AMD. Avec l’augmentation constante du coût du matériel, c’est une piste très intéressante.
- Les espaces de noms globaux (Global Namespaces) : de plus en plus de studios adoptent cette architecture. C’était encourageant de constater que Cinesite investit déjà dans cette direction depuis plusieurs années, souvent en avance sur le marché.
- L’évolution des protocoles d’accès à distance : avec la fin annoncée de HP Anyware, remplacé par HP Z Remote Graphics Software (RGS), de nombreux studios réévaluent leurs solutions de bureau à distance, faisant de ce sujet une priorité.
Q : Parmi tout ce que vous avez vu et entendu à Los Angeles, qu’avez-vous le plus hâte de ramener chez Cinesite ?
Stephen : J’ai particulièrement hâte d’évaluer Amazon DCV (anciennement NICE DCV). Avec la disparition progressive de HP Anyware, tout le monde cherche une alternative performante pour le travail à distance, et DCV revenait constamment dans les discussions. Cette solution fonctionne aussi bien dans le cloud que sur des infrastructures locales, et les premiers retours d’autres studios sont très positifs.
J’ai également très envie de tester le matériel développé par Bolt Graphics. Les GPU destinés aux entreprises deviennent extrêmement coûteux. Si un nouvel acteur est capable d’offrir de bonnes performances en ray tracing à un prix plus compétitif, aux côtés de NVIDIA et AMD, cela mérite d’être évalué. Nous espérons pouvoir tester leur matériel dans les prochains mois dans des conditions réelles de production.
Q : Enfin, pour ceux qui n’ont jamais participé à une session Birds of a Feather, qu’est-ce qui rend ce format si particulier ?
Stephen : La plupart des conférences à SIGGRAPH sont des présentations à sens unique. On assiste à une démonstration, une équipe explique comment elle a réalisé un film, un chercheur présente ses travaux ou un formateur anime un atelier.
Les sessions Birds of a Feather, c’est tout le contraire. Ce sont des espaces d’échange où des professionnels et des experts de l’industrie viennent discuter librement de sujets techniques.
Comme les conversations ne portent pas sur des films précis ou des projets confidentiels, les participants parlent avec beaucoup de transparence. On repart avec de précieux contacts, mais surtout avec une vision réaliste de la manière dont les studios — grands, moyens ou petits — construisent et font évoluer leurs infrastructures technologiques. Si l’on veut comprendre où en est réellement la technologie des studios, au-delà des présentations marketing, les sessions BoF sont incontournables.
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