La véritable horreur se niche dans les détails que le regard voudrait éviter, sans jamais parvenir à s’en détacher. Pour Lee Cronin’s The Mummy, réalisé par Lee Cronin, le mandat était à la fois clair et redoutable : faire de l’impossible quelque chose d’intrusif. Grâce à des insectes conçus avec minutie, à une tempête de poussière menaçante et à de multiples effets sanglants et terrifiants, l’équipe de Cinesite a contribué à transformer l’écran en une douloureuse épreuve de traumatismes viscéraux.
Réalisé par Lee Cronin, et mettant en vedette Jack Reynor dans le rôle de Charlie Cannon et Natalie Grace dans celui de sa fille Katie Cannon, le film raconte l’histoire de Katie et d’une malédiction du passé. Fille d’un journaliste, Katie disparaît dans le désert alors qu’elle est encore enfant. Huit ans plus tard, la famille désemparée est bouleversée d’apprendre que Katie est retrouvée dans le désert. Toutefois, ce qui aurait dû être des retrouvailles heureuses se transforme en un véritable cauchemar. L’équipe des effets visuels de Cinesite, dirigée par la superviseure d’effets spéciaux Nathalie Girard et la productrice des effets spéciaux Natasha Pereiro, a signé plus de 200 plans d’effets visuels pour le film, allant des environnements aux effets atmosphériques, en passant par les éléments sanglants et horrifiques.
Katie est kidnappée
Bien que les scènes intérieures aient été tournées en Irlande, une grande partie des scènes extérieures de La Momie ont été tournées en Espagne, qui faisait office de décor pour représenter Le Caire. Le plan d’ouverture a nécessité un important travail de création numérique de décors en 2,5D afin de recréer de manière crédible Le Caire. Cela s’est concrétisé en ajoutant le Nil derrière les montagnes, en installant des minarets de mosquées dans le village et en faisant plusieurs autres ajustements.
L’une des premières séquences installe le mystère entourant la disparition de Katie : on la voit jouer à l’heure du thé dans un jardin. Une femme mystérieuse lui tend une nectarine, mais Katie est prise d’horreur lorsqu’un scarabée surgit soudainement du fruit, remonte le long de son bras et s’introduit dans sa bouche.
Une vraie nectarine a été utilisée sur le plateau, mais une grande partie de celle-ci a dû être remplacée en images de synthèse afin de montrer le fruit s’ouvrir, révélant la pulpe et le jus au moment même où l’insecte en émerge. L’animation devait être parfaitement synchronisée au jeu de l’actrice afin que le spectateur comprenne clairement que l’insecte se dirige vers sa bouche et que l’effet de surprise fonctionne pleinement.
Russell Bowen, superviseur d’effets visuels de la production, a choisi un aspect bien précis pour le scarabée, intégrant des motifs inspirés d’une vieille pièce dans une pyramide. L’équipe s’est appuyée sur des images de véritables insectes pour reproduire fidèlement leurs mouvements lorsqu’ils marchent, courent, sautent ou volent, tout en modulant leur vitesse et leur apparence inquiétante selon les besoins du narratif.
Après avoir constaté la disparition de sa fille, Charlie se lance à sa recherche, sur les traces d’une silhouette de sorcier qui semble l’avoir entraînée dans les rues du Caire. Une tempête de poussière se lève alors et prend de l’ampleur pour illustrer la montée en puissance de la momie, brouillant la visibilité de Charlie et masquant les traces du sorcier, qui s’enfuit avec Katie.
Cette scène de poursuite a elle aussi été tournée en Espagne, à l’aide de machines à vent, dont l’utilisation a toutefois été limitée en raison de la densité du lieu. Le sable a donc été ajouté numériquement, au moyen de simulations permettant d’en contrôler l’épaisseur et l’intensité. L’équipe d’effets spéciaux a créé une bibliothèque d’éléments de sable réutilisables, combinant des simulations et des éléments 2D pour donner de l’intensité à la tempête image par image. Cette approche signifiait que les plans pouvaient être réalisés rapidement et que l’élément de sable pouvait être ajouté. Des remplacements de ciel avec des ajouts de peinture mate numérique 2,5D pour créer l’environnement ont également été ajoutés, ainsi que des minarets et des bâtiments qui reflétaient Le Caire architecturalement.
Katie revient à la maison
Plusieurs années plus tard, Katie est retrouvée mystérieusement et revient chez elle, auprès de sa famille. C’est alors qu’une série d’effets particulièrement choquants se déploie, révélant sa possession et la violence qu’elle exerce envers sa famille.
Dans une scène troublante, Katie capture un scorpion, le mâche, puis le recrache. L’équipe de modélisation a créé plusieurs versions d’un scorpion empereur noir, à la fois entier et en morceaux. L’animal a été morcelé en parties mobiles, accompagnées de salive générée en images de synthèse.
Les artistes ont étudié des références montrant des personnes mangeant de gros insectes afin de synchroniser les mouvements avec le jeu de l’actrice, ainsi que les réactions de la peau aux piqûres pour créer des marques réalistes sur son visage.
Dans une autre scène, la famille force Katie à recracher le scorpion. Cet effet a d’abord été tenté à l’aide d’un tuyau et d’effets pratiques, mais a finalement été rehaussé en images de synthèse, avec des simulations de fluides pour le liquide, ainsi que l’ajout de petits morceaux de scorpion mâché
Séquence de la voiture
Dans une scène particulièrement terrifiante, Katie projette sa grand-mère Carmen par la fenêtre de sa chambre jusque sur le pare-brise de la jeep familiale, alors que Charlie et les enfants remontent la rue vers la maison. L’un des défis auxquels l’équipe des effets visuels a été confrontée était qu’il n’y avait pas de pare-brise complet sur la jeep, ou qu’il n’avait pas éclaté. Du verre généré en images de synthèse a donc été ajouté pour recréer le pare-brise éclaté, en veillant à ce que les points d’impact correspondent au moment où la tête de Carmen heurte la vitre. Un travail de composite minutieux a également été nécessaire pour masquer le recours à une doublure. Des effets de sang en 2D ont ensuite été ajoutés au pare-brise brisé généré in images de synthèse afin d’accentuer l’impact visuel et dramatique de la chute de Carmen.
Après que le corps de la grand-mère ait glissé du capot jusqu’au sol, une meute de coyotes commence à l’attaquer et à le déchiqueter. Cette séquence terrifiante a été réalisée en intégrant des parties d’un mannequin grandeur nature filmé sur le plateau à des organes et des intestins d’animaux, ajoutés à une version numérique du torse de Carmen. Des éclaboussures de sang ont également été ajoutées sur la jeep ainsi que sur les gueules et les pattes des coyotes, pour un réalisme saisissant.
La délivrance
Alors que Katie retire ses bandages et libère l’esprit démoniaque de la momie à l’intérieur de la maison des Cannon, les pièces de la maison commencent à se décomposer en sa présence. Cinesite s’est chargée d’ajouter de la moisissure, de la pourriture et des dégradations sur les murs à l’aide d’une combinaison de textures de décomposition 2D créées sur mesure et reprojetées sur chacune des parois. L’équipe a pu s’appuyer sur un scan lidar du lieu de tournage afin de recréer numériquement l’ensemble de la pièce. Cette approche technique a simplifié le traitement des multiples plans, rendant le processus plus efficace pour l’équipe de composition numérique.
La tempête de sable pénètre dans la chambre de Katie et la suit dans ses déplacements dans la maison. Une bibliothèque d’effets de sable a été constituée afin de permettre aux artistes de composition numérique de réutiliser efficacement les éléments. L’équipe des effets visuels a mis au point un cache maître pour la poussière soufflée par les fenêtres, qui pouvait être rapidement rendu sous des angles alternatifs. L’équipe a également généré différents types de sable : du sable plus poussiéreux, un autre plus chargé en débris, avec des fragments texturés de bandages, le tout rendu au moyen d’un dispositif à plusieurs caméras. Cela a permis aux artistes de composition numérique de chorégraphier l’intensité de la poussière en fonction du rythme de la scène. Des éléments pratiques de sable et de poussière issus des effets spéciaux ont aussi été utilisés pour compléter les rendus d’effets générés en images de synthèse et enrichir la complexité du plan.
Alors que le film atteint son apogée, les scorpions, symbolisant la possession maléfique, réapparaissent. La grand-mère de Katie, possédée et en décomposition, crache un scorpion noir dans la bouche d’un autre personnage, avant une séquence horrifiante où le scorpion jaillit de sa gorge.
Ce plan complexe a nécessité l’intégration d’une plaie en images de synthèse, d’un scorpion, de sang et de salive en effets visuels, le tout combiné à des éclaboussures de sang en 2D et à des pétards. La complexité de la séquence, avec le scorpion qui entre dans une bouche puis qui transperce la gorge, a obligé les équipes d’animation à créer deux créatures en images de synthèse distinctes afin de s’adapter de façon crédible aux deux zones, bien qu’une seule ne soit visible à l’écran. Les plans finaux combinent des éléments 2D et 3D pour la créature et le sang qui rejaillit, tandis que la performance terrifiée de l’actrice renforce le réalisme du plan final.
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La superviseure VFX Nathalie Girard explique : « La collaboration avec les clients sur La Momie a été très fluide. Ils nous ont laissés explorer des approches créatives. Bien que l’horreur, et plus particulièrement ce niveau de détail graphique, constituait une nouveauté pour notre équipe principale, la possibilité de repousser ces limites visuelles a tenu tout le monde pleinement engagé jusqu’à la toute dernière séquence. »
Après des mois à peaufiner les éclaboussures de sang, les scènes de scorpions avalés, les scarabées et les effets gore, l’équipe des effets visuels peut enfin sortir de l’ombre. La Momie de Lee Cronin est une expérience saisissante et dérangeante, et nous avons adoré contribuer à sa création. C’est brutal, viscéral, et exactement ce dont le genre avait besoin.