De l’univers des Schtroumpfs au monde réel, les équipes de l’animation et des effets visuels de Cinesite à Montréal et à Vancouver ont donné vie aux adorables et emblématiques personnages bleus dans leur plus récente aventure.
Lorsque le Grand Schtroumpf est mystérieusement enlevé par les méchants sorciers Gargamel et son frère Razamel, la Schtroumpfette entraîne les Schtroumpfs dans une mission dans le monde réel pour le sauver. Avec l’aide de nouveaux amis, les Schtroumpfs doivent découvrir ce qui définit leur destin pour sauver l’univers.
Conception
L’inspiration a été puisée dans les croquis au trait originaux de Peyo, et les choix stylistiques et graphiques ont été guidés par l’objectif global de conserver l’essence de son travail. L’équipe de Cinesite a travaillé étroitement avec le concepteur de production de Paramount, Max Boas, et la directrice artistique, Margaret Wheeler, suivant un processus de développement collaboratif. Le chef des caractères, Ramiro Gomez, explique : « On fonctionnait beaucoup avec des essais et erreurs. On créait quelque chose, on le montrait au client, il corrigeait nos plans et nous aidait vraiment à mettre en évidence le style qu’il recherchait; c’était donc un processus extrêmement collaboratif. »
Des exemples de l’influence stylistique de Peyo sont visibles dans toute la conception du film, des touffes d’herbe distinctives aux ombres peintes à la main, en passant par les expressions faciales et la représentation des personnages sous des angles caractéristiques. Tout a été créé en pensant à Peyo et envoyé à sa famille pour approbation.
Donner vie aux Schtroumpfs
Les spectateurs du monde entier connaissent l’apparence des Schtroumpfs, chaque personnage arborant la même couleur, la même forme et la même géométrie. Avec cette structure sous-jacente commune, il était essentiel d’insuffler à chaque Schtroumpf sa propre personnalité. De plus, l’envergure et les proportions des Schtroumpfs devaient être respectées avec soin. Avec des têtes, des mains et des pieds de grande taille, mais des corps et des bras petits, les poses et les mouvements des personnages ont représenté des enjeux. Les séquences de danse du film ont été chorégraphiées à Los Angeles et filmées sous des angles frontaux et latéraux, pour que les animateurs puissent s’y référer et les recréer. Il a fallu adapter les versions des performances des Schtroumpfs pour tenir compte des limites de leur anatomie. Par exemple, sans épaules, il leur était impossible de lever les bras à la verticale. D’autres mouvements, comme le redressement des membres et des silhouettes ou des poses clés, ont été accentués pour rendre les danses plus théâtrales.
La création des Schtroumpfs, petits et mous, a nécessité un squelettage, une modélisation et un surfaçage minutieux, et il a souvent été nécessaire de sculpter des éléments de leur géométrie même après la fin de l’animation. L’un des aspects les plus distinctifs des Schtroumpfs est l’expression de leur visage. Les dessins originaux de Peyo montraient leurs bouches sur un côté du visage, il a donc fallu créer un système de squelettage facial, contrôlable par l’animateur, qui permettait trois variantes de bouches : une à gauche, une au centre, et une à droite. Quand un Schtroumpf tourne la tête, sa bouche passe naturellement d’un côté à l’autre du visage sans endommager la forme 3D.
Dans les séquences mettant en scène plusieurs Schtroumpfs et plusieurs versions de visages, le processus aurait pu devenir complexe et le rendu, lourd. Le système efficace créé par l’équipe Rigging de Cinesite a donc joué un rôle essentiel dans la réussite du projet.
Les dessins de Peyo ont également servi d’inspiration pour le travail au trait, et l’outil existant de génération de courbes de Cinesite a été adapté à cet usage précis. Plutôt que de se contenter d’ajouter des contours de base aux personnages, des règles ont été élaborées. Si la lumière frappait un Schtroumpf sous un certain angle, le trait ne serait pas visible sauf s’il était dans l’ombre. Plutôt que d’utiliser seulement du noir ou du gris, le tracé échantillonnait la couleur sous la surface, qu’elle soit bleue comme leur peau ou de la couleur des vêtements, une méthode qui donnait un look plus épuré et dynamique. Les bandes dessinées originales étant dessinées à la main, avec des épaisseurs de trait variables, il a fallu simuler des coups de pinceau et des textures pour respecter ces attributs visuels.
Donner vie à la Schtroumpfette, l’un des personnages centraux du film, a représenté l’un des plus grands défis. En plus de la version de la bouche, les cheveux de la Schtroumpfette, sa caractéristique la plus impressionnante, ont nécessité leurs propres versions en fonction de sa position et de ses mouvements. Construit à partir d’un volume, un processus personnalisé de chevelure a dû être mis au point pour que le mouvement des cheveux soit également fluide et crédible. La simulation était délicate et la continuité entre les plans, difficile; les cheveux de la Schtroumpfette devaient être réalistes sous tous les angles.
Les concepteurs de production de Paramount, Max et Margaret, ont travaillé en étroite collaboration avec l’équipe de Cinesite pour trouver une solution, possible à réaliser, qui ajouterait de la vie et du mouvement. Le processus d’approbation pour les cheveux de la Schtroumpfette a impliqué Paramount, l’équipe de Peyo et Rihanna elle-même (qui prêtait sa voix à la Schtroumpfette). Résultat : les cheveux de la Schtroumpfette prennent des poses, mais lorsqu’elle bouge, ils suivent le rythme de son corps, tombent sur sa joue ou derrière ses épaules, d’une façon qui assure l’équilibre entre le réalisme et la singularité du personnage.
Dans le monde réel
Alors que les Schtroumpfs commencent leur histoire dans leur propre monde magique, leur quête pour retrouver le Grand Schtroumpf disparu les amène à quitter cette dimension pour se rendre dans le monde réel, entre autres en France, en Allemagne et en Australie. L’équipe des effets visuels de Cinesite a créé 256 plans, soit 15 minutes du film, qui intègrent les Schtroumpfs dans ces décors du monde réel, dont certains ont été capturés à l’aide d’une plaque photographique traditionnelle, tandis que d’autres ont été entièrement générés par ordinateur. Les effets visuels ont été coordonnés par Suzie Askham, superviseure des effets visuels de Cinesite.
Les Schtroumpfs font leur apparition dans le monde réel en dégringolant d’un tuyau d’écoulement jusqu’à un trottoir de Paris.
Le tournage a eu lieu à Turin et à Rome, en Italie, lieux qui se sont substitués à Paris et à l’Allemagne. Avec peu d’acteurs apparaissant dans les plans, et nos minuscules héros d’environ six pouces (ajoutés plus tard), il était crucial d’aligner la compréhension de l’équipe sur la vision du réalisateur pour chaque scène. Pour ce faire, de petites figurines de Schtroumpfs imprimées en 3D ont été capturées comme référence dans chaque environnement, ce qui a également constitué une référence utile en matière d’éclairage et de mise à l’échelle.
Gee Tatchell, superviseure des images de synthèse, explique : « On a commencé par un processus complet de prévisualisation des effets visuels, au cours duquel on a scanné des lieux ou construit des environnements à l’aide de Google Maps, pour qu’on puisse bloquer des plans avant le tournage. Cette solution a servi de référence au directeur de la photographie pendant le tournage et s’est avérée particulièrement utile pour projeter la mise à l’échelle pour le film. » La caméra devait être très basse pour saisir le monde du point de vue des Schtroumpfs, alors des objectifs spéciaux SKATER Scope ont été utilisés. Les objets et les éléments proches de la caméra devaient être extrêmement détaillés pour créer une impression de perspective crédible.
Pour créer une intégration convaincante, il était important de déterminer comment les Schtroumpfs interagiraient avec la lumière et l’ombre dans le monde réel, tout en conservant leur apparence distinctive. Contrairement au monde des Schtroumpfs, la lumière est absorbée et réfléchie différemment et le flou de mouvement a été utilisé. L’éclairage est un élément clé d’une séquence ultérieure où les Schtroumpfs recherchent Ken, le frère du Grand Schtroumpf, dans une boîte de nuit très fréquentée, afin de trouver des indices sur l’endroit où se trouve leur chef. Des lumières disco clignotantes, des sources de lumière colorées multiples ont dû être recréées au moyen de configurations d’éclairage animées, mais avec un équilibre minutieux pour s’assurer que les Schtroumpfs se sentent liés au lieu, sans jamais perdre leur bleu caractéristique.
Transportées à nouveau par le portail magique, la Schtroumpfette et Noname arrivent en Australie en sortant de la poche de Joey. Elles y rencontrent l’hilarante Mama Poot, leader des Snooterpoots – des créatures crépues, espiègles et à la dent sucrée. Après avoir emprunté un buggy à Mama Poot, les deux Schtroumpfs se lancent dans une terrifiante aventure à travers l’Outback.
Le décor australien a été entièrement reconstruit en images de synthèse par l’équipe des effets visuels, tout comme les kangourous. Pour une section, un lieu appelé Devils Marbles a été reproduit, un ensemble de gros blocs rocheux de granit rouge dans le Territoire du Nord. Une prise de vue technique a eu lieu sur place, rassemblant du matériel numérisé et de référence pour la texture, l’éclairage, le ciel et les environnements, tout en respectant l’importance culturelle de l’endroit pour la population autochtone. La séquence du buggy a nécessité la reconstitution d’un environnement de 2,5 km dans l’Outback, y compris la poussière soulevée par les roues du véhicule.
Il faut un village…
L’expertise de Cinesite en animation et en effets visuels ainsi que son travail antérieur sur des productions hybrides l’ont parfaitement positionné pour ce film. Il a fallu un village schtroumpf pour le terminer – nos équipes d’animation et d’effets visuels ont collaboré et transmis leur expertise pour trouver des solutions tout au long des séquences du monde réel, en s’adaptant aux besoins des uns et des autres et en rationalisant les processus.

