Réparateurs d'animation : l'art d'ancrer les personnages dans la réalité

Dans cette entrevue, Davide Inacio nous parle de son parcours du graphisme jusqu’à l’animation technique et partage ses conseils aux aspirants animateurs techniques.

En quoi consiste ton rôle chez Cinesite?
Je me charge d’arranger tout les problèmes d’animation, que ce soit des contacts de pieds avec le sol, ce qu’on appelle une étape de « polish »(ou de finitions), mais je fais aussi plein de choses comme rajouter des poses pour CFX (créatures) ou faire des réparations pour le département de layout (maquettes). J’adore réparer des choses et le fait d’être capable de prendre un plan et de garder l’intention de l’artiste en arrangeant l’animation. J’aime le fait d’être au centre de différents départements et de traduire les besoins de l’animation.

Qu’est-ce qui t’a inspiré à vouloir travailler dans le milieu du cinéma?
Le film qui m’a inspiré à vouloir faire de l’animation (et c’est un peu un cliché), c’est Le Roi Lion. Il m’a vraiment marqué quand je l’ai vu pour la première fois. Je l’ai écouté un nombre infini de fois quand j’étais enfant. J’aimais l’histoire, les personnages, la musique et surtout le visuel, qui est absolument incroyable. Maintenant que j’ai plus l’oeil, je peux voir aussi les intentions dans ce qu’ils ont fait, que ce soit du côté de la musique, mais surtout dans l’animation ou comment ils montraient les émotions des personnages avec le mélange des couleurs et de la musique. Tout ce que j’ai vu en animation dans ce film là, c’est ce qui m’a vraiment plu et poussé à essayer de rentrer dans l’industrie initialement.

Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours?
J’ai commencé en design graphique et je n’aimais pas vraiment ça. C’était plus basé sur les publicités et ça ne me parlait pas vraiment. Donc quand j’étais en train de finir mon DEC au Collège Ahuntsic, j’ai poussé pour rentrer dans une école 3D.

Je voulais être animateur initialement mais comme je n’avais pas les bases en animation, je suis entré comme Runner. Après, j’ai eu l’opportunité de faire de l’ animation technique et j’y suis resté depuis.

Quelles sont les différences entre le rôle d’animateur et d’animateur technique ?
Dans le fond, un animateur s’occupe vraiment d’animer les personnages en tant que tel. Une fois que les animateurs ont fini et qu’ils publient leur travail, le tout est envoyé au département de contrôle de qualité (QC) qui s’occupe d’identifier les problèmes et les inconsistances. Par exemple, il faut parfois changer le plancher dans un décor, donc QC identifie le problème de contact entre les pieds et le plancher et assigne la réparation à l’animation technique. C’est un rôle plus technique qu’artistique avec une emphase sur le « nettoyage » de l’animation.

Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail?
Ce que je préfère, c’est tout ce qui est en rapport avec la recherche de solutions. C’est un peu comme un casse tête. Par exemple, on a des centaines de shots où il y a une intention qui a été mise en place par l’animateur et il faut être capable de garder cette même intention, mais parfois on n’a pas le choix que de faire des changements. Le plus satisfaisant c’est d’arriver à trouver des alternatives intéressantes tout en respectant l’intention et les attentes du département d’animation. On a toujours de nouveaux défis et ça bouge vite.

Quel est ton plus grand défi au quotidien?
Ce que je trouve le plus difficile, c’est de ne pas avoir les outils pour être capable de résoudre tous les problèmes que je vois, on est limités à réparer seulement ce qui touche à l’animation. Alors il faut accepter qu’on ne peut pas tout régler.

À quoi va ressembler une journée typique pour toi?
On va recevoir les réparations à faire le matin, puis tout au long de la journée, on reçoit de nouvelles demandes. Le matin, après les dailies, on reçoit les notes et on commence à travailler sur les éléments brisés. Ça peut nous garder occupés jusqu’à environ midi. On va souvent recevoir des requêtes spéciales après les rencontres de révision d’animation aussi. Donc une fois qu’on a nos requêtes, on ouvre la scène dans Maya, on essaie de comprendre ce qui se passe avec la scène et on analyse un peu les rendus. Parfois c’est simple et cela se règle en quelques minutes, parfois c’est plus long. Puis on publie et dépendant de la taille des modifications, ça peut prendre deux à trois heures avant que le rendu soit prêt à être envoyé à l’animation pour approbation. Ensuite, il y a souvent des retours sur nos modifications de la part des autres départements, alors on reste disponibles pour leur répondre et pour faire plus de changements en cas de besoin.

Avec quels programmes les étudiants devraient se familiariser pour entrer en animation technique?
Les deux outils qu’on utilise le plus couramment sont Autodesk Maya et « Animbot » (outil d’animation dans Maya) . Je ne l’utilise pas souvent mais c’est un outil que je trouve bien.

Selon toi, quelles sont les qualités à avoir pour rentrer dans le milieu?
Un excellent atout quand on commence, c’est de ne pas avoir peur de poser des questions même si elle peuvent paraître niaiseuses. À mon avis, c’est la meilleure chose que tu peux faire si tu as un problème. Quand quelqu’un pose des questions, on est capable de mieux l’encadrer. L’attention aux détails et s’assurer que les réparations soient bien faites sont des éléments importants aussi.
Finalement, être capable de se remettre en question et de ne pas se décourager facilement est un gros plus parce que notre travail peut prendre du temps.

Quels ont été tes plus grands apprentissages du travail avec des juniors?
Je dirais que j’apprends toujours quelque chose de nouveau avec eux. Souvent, ça me pousse à essayer d’enseigner de différentes façons. J’essaie de m’adapter vraiment pour être capable d’expliquer pour que la personne devant moi comprenne bien, Ça m’a aidé à développer mes compétences de vulgarisation. J’essaie de diminuer la quantité de détails, de donner tout ce qui est le plus nécessaire pour que la personne soit capable de commencer. Il y a beaucoup d’outils aussi que j’ai appris à utiliser avec d’autres animateurs techniques. Certains d’entre eux poussent vraiment les choses plus loin que moi. Moi je suis ancré dans ce que je sais faire, mais des nouveaux artistes me font découvrir des outils et des façons de faire que je ne connaissais pas. Bref, j’apprends tout le temps. Les juniors, à mon avis, sont les personnes qui ont toujours une perspective plus fraîche, ils sont toujours très importants à mes yeux parce qu’ils nous surprennent et nous font avancer.