Il n'y a pas de « je » dans l’équipe

Ileana Vázquez est gestionnaire des équipes au studio de Montréal. Dans cette interview, elle décrit son parcours professionnel avant de donner des conseils aux aspirants membres de l’équipe de production.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton rôle?
En gros, je soutiens l’équipe de production en m’assurant que les besoins des équipes de chaque projet sont comblés. Je veille également à entretenir de bonnes relations avec les autres départements ainsi qu’avec les autres studios du groupe. De ce fait, je peux veiller à ce qu’il y ait suffisamment de travail pour notre équipe , et si ce n’est pas le cas, je discute avec nos autres studios pour voir si nous pourrions organiser un échange et nous entraider. Ainsi, contrairement à un recruteur qui va chercher de nouveaux talents à l’extérieur de l’entreprise, mon travail consiste à déplacer des personnes à l’intérieur du groupe pour faire en sorte de garder et prendre soin nos employés actuels. Je garde également une vue d’ensemble sur les budgets prévisionnels des projets en collaboration avec le département des finances. Mais de manière générale, je soutiens toute l’équipe de production un peu partout, en donnant un coup de main sur différentes choses au quotidien.

Peux-tu nous dire ce qui t’a amené à considérer ce poste ?
Ce poste m’a attiré pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’était nouveau pour moi ; auparavant, j’ai toujours travaillé dans le domaine de la production, aidant littéralement à organiser les horaires, à relancer les gens pour régler des problèmes, etc. J’ai toujours travaillé sur un projet, alors qu’aujourd’hui, je travaille davantage à l’échelle globale du studio.

Quelle est la chose que tu aimes le plus dans ton travail ?
Ce que je préfère avant tout, c’est de pouvoir communiquer avec les gens. Je suis une personne sociable et j’aime être entourée de monde et apprendre d’eux. Jusqu’à présent, j’ai eu l’occasion d’apprendre de plusieurs producteurs, coordinateurs de production et superviseurs de départements à propos de divers rôles et processus. Avoir accès à cette vision plus large de la manière dont les choses sont faites dans chaque département est très intéressant.
De plus, le défi de mon rôle est de jongler avec les differentes infornations et de rester aussi neutre et objective que possible dans mes choix afin d’éviter les conflits.

Quels sont les départements ou les personnes avec lesquels tu interagis le plus ?
J’interagis très souvent avec trois groupes principaux : les producteurs et les gestionnaires de département, les superviseurs et le département finance. Je m’assure de comprendre et d’aligner mon travail sur les besoins et les objectifs des équipes tout en respectant le budget. Et comme nos projets d’animation sont généralement sur du long terme, nous échangeons fréquemment de chaque projet sur une période de plus de deux ans.

Tes responsabilités changent-elles au cours d’une production ?
Oui, lorsque nous démarrons un nouveau projet, je suis particulièrement occupée parce que les besoins et les calendriers peuvent changer considérablement au début et que des petits détails peuvent avoir de grandes répercussions. Un nouveau projet est toujours un peu comme une montagne russe. Au début, il y a de nombreux d’obstacles à surmonter et besoins de production à satisfaire. Les calendriers changent tout le temps, parfois de façon très minime, mais d’autres fois de façon plus significative. Nous planifions tout et faisons souvent appel à l’équipe de support pour obtenir de l’aide. Quant à moi, je fais tout mon possible pour apporter mon aide.

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours et de la façon dont tu es devenue gestionnaire des équipes ?
Je viens du Mexique et j’ai étudié la communication et les médias. J’ai commencé ma carrière professionnelle en travaillant dans la production pour la télévision éducative. Par la suite, j’ai eu une opportunité dans un studio d’animation, où j’ai débuté comme coordonnatrice de production avant d’être promue productrice exécutive (line producer). J’y ai travaillé pendant environ 7 ans avant de déménager à Montréal et de rejoindre Cinesite en tant que coordonnatrice de production. J’ai brièvement quitté l’entreprise pour occuper un poste plus senior ailleurs avant de revenir en tant que gestionnaire d’équipe.

Quelles sont, selon toi, les principales qualités nécessaires pour travailler en production ?
Il faut avant tout de solides compétences en organisation et en communication, de la patience, un esprit de collaboration et une véritable approche centrée sur les gens. Nous travaillons avec beaucoup de personnes ayant des personnalités très variées, et il est essentiel de rester attentif à leurs besoins, à leur temps et même à leur niveau de stress. Garder une attitude calme et rassurante est crucial ; nos artistes comptent sur nous pour les soutenir, et toute manifestation de panique ou d’inquiétude excessive de notre part finira inévitablement par se transmettre à eux. De plus, il faut être un bon résolveur de problèmes, une personne proactive.

Y a-t-il des outils que les gens doivent maîtriser pour travailler en production ?
Je dirais que c’est différent partout, mais que les programmes de la suite Office sont importants à maîtriser, et chaque studio utilise un logiciel de gestion de projet spécifique comme Shotgun, Ftrack ou d’autres. Nous travaillons principalement avec la suite Google et il est important de savoir organiser un emploi du temps, planifier les réunions et savoir structurer votre travail à l’aide de Google Sheets. Mais essentiellement, pour commencer à travailler en production, il faut être prêt à écouter et à être ouvert à apprendre.

Quelles sont les qualités nécessaires pour travailler en production ?
C’est vraiment un atout quand quelqu’un est détendu et capable de gérer les changements rapides sans trop stresser. Notre travail est souvent en constante évolution, et il faut savoir s’adapter rapidement. Et puis, il faut être organisé, rester organisé et calme au milieu du chaos.

Que recherche t-on en termes de parcours chez un candidat en production ?
Je ne pense vraiment pas que la formation académique soit importante. À mon avis, cela peut être un plus, si vous êtes allé dans une école d’animation ou si vous avez étudié le cinéma, parce qu’il est plus facile pour vous de comprendre comment fonctionne la production cinématographique plutôt que de n;avoir jamais entendu toute la terminologie. Mais encore une fois, c’est un plus, pas une obligation. Le plus important est d’être intéressé par la production. Si vous avez étudié l’animation et souhaitez travailler dans ce domaine, mais que vous acceptez un poste dans la production pour « mettre le pied dans une compagnie », vous ne vous amuserez pas et vous vous éloignerez probablement encore plus de votre objectif.

Y a-t-il des erreurs que tu remarques souvent chez les juniors ?
Je pense que l’essentiel est de vouloir résoudre les problèmes par soi-même. Si vous avez un problème, vous ne devez pas toujours le résoudre seul ; tout le monde travaille en équipe. Bien sûr, la première étape est toujours d’essayer de trouver une solution par soi-même, mais lorsque vous vous rendez compte que vous ne savez pas par où commencer, c’est une bonne idée de demander à vos supérieurs. Tout le monde sera prêt à vous aider et à vous soutenir, mais c’est vous qui devez l’initier. La communication est essentielle, alors n’hésitez pas à demander de l’aide, l’équipe est là pour ça.

Quelle est le cheminement traditionnel pour accéder aux métiers de la production et quels sont les postes d’entrée possibles ?
En général, vous commencez en tant qu’assistant de production (ou PA), puis, après un certain temps, vous pouvez être promu coordinateur de production. L’assistant de production assiste généralement l’ensemble de la production, pas nécessairement les artistes, tandis que le coordinateur est responsable du matériel que son équipe doit fournir. L’assistant de production doit souvent prendre des notes pendant les réunions et les séances de révisions et les transmettre à l’équipe afin de s’assurer de la disponibilité de l’information et des changements à apporter. Les coordinateurs, quant à eux, doivent respecter les étapes clés les étapes et que les progrès de l’équipe suivent le calendrier de production. Les coordinateurs sont également affectés à une équipe spécifique. Par exemple, vous pouvez être coordinateur de l’équipe Assets, puis passer à l’équipe Lighting, en passant d’une équipe à l’autre tout en apprenant davantage sur le pipeline.

Y a-t-il des conseils qui vous auraient été utiles lorsque vous avez commencé à travailler ou que vous avez reçus et qui vous ont aidé ?
Je pense qu’il est important de se rappeler qu’il n’est pas nécessaire de tout savoir. Lorsque j’ai commencé, j’étais très inquiète parce que je ne comprenais pas comment tout fonctionnait, et j’essayais de tout analyser et de tout comprendre. Ce n’est pas comme ça que ça marche, il y a une courbe d’apprentissage. Il faut prendre le temps d’apprendre et d’appliquer les connaissances acquises. J’aurais aimé arrêter de stresser et demander de l’aide à quelqu’un quand j’ai commencé. Il est important de savoir qu’il n’y a pas de questions stupides. Demandez et quelqu’un sera toujours là pour vous aider.